FICHE 4 : Les deux hydrauliques et leur rôle dans la transition écologique

L’importance de l’hydroélectricité dans la transition écologique réside dans sa souplesse et son caractère « pilotable » [1] mais cette caractéristique n’est l’apanage que d’une partie du parc actuel (les 2/3 de la puissance installée en comptant les STEP, un peu plus de 50% sans, 45% du productible, une centaine d’ouvrages [2]).

La transition écologique dans le domaine de la production d’électricité (20 à 25% de la consommation d’énergie finale en France) vise, entre autres, à injecter massivement dans le réseau l’énergie produite par des sources variables (éolien) voire intermittentes (photovoltaïque).

Au-delà de la production électrique, les points durs concernent l’adaptation du réseau à la multiplication des sites de production dispersés et sa régulation. Cette dernière exige de pouvoir compenser les baisses de production de ces sources « fatales » d’énergie par des moyens dont la disponibilité est garantie : sources « pilotables ».

Sur ce point, l’hydroélectricité et plus particulièrement les grands ouvrages concédés, dotés de réservoirs et fonctionnant par éclusées peuvent apporter une contribution intéressante [3]. Lorsque le parc renouvelable aura atteint une certaine taille et que sa production excédera parfois les besoins, des services de stockage peuvent être utiles et là encore, la grande hydraulique, dotée de réservoirs peut jouer un rôle. Plusieurs grands barrages comme Vouglan sur l’Ain ou Sainte Croix sur le Verdon ont été dotés d’un groupe de pompage permettant de remplir la retenue lorsque la production fatale devient excédentaire : 16 sites pouvant recevoir des groupes de pompage-turbinage en complément d’ infrastructures existantes ont été identifiés [4] mais non rendus publics. Leur réalisation dépend sans doute du renouvellement des concessions (Voir Fiche 6) … et de l’émergence des besoins (voir supra).

Dans la perspective de la transition énergétique, on voit donc se dessiner une dichotomie entre l’hydroélectricité « pilotable », celle des réservoirs, et l’hydroélectricité « fatale » turbinant au « fil de l’eau » et dépendant des débits, à l’instar des 2100 petites centrales qui ne représentent que 10% de la production hydraulique moyenne.

Si le développement de la production électrique ne revêt qu’un caractère marginal dans la transition écologique, le maintien voire l’accroissement de la « pilotabilité » du parc hydroélectrique constitue par contre un enjeu significatif.

[1C’est à dire qui peut être délivrée à la demande par opposition aux sources « fatales » qui dépendent de conditions naturelles comme le vent, l’ensoleillement … ou le débit naturel des cours d’eau.

[2Le parc comprend 2500 unités environ dont 400 centrales concédés, parmi lesquelles une centaine environ participent à la régulation du réseau : voir l’Article R 214-111-3 du code de l’environnement https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006074220&idArticle=LEGIARTI000023096317

[3Il est savoureux de constater que l’on puisse aujourd’hui assigner à l’hydroélectricité un rôle de compensation des baisses de productions d’autres sources d’énergie non garanties alors que, jusque-là, c’était l’hydroélectricité et sa production variable (voir fiche précédente) qu’il fallait compenser par des groupes de production thermique : voir par exemple Gabriel Taix « le Plan Monet est-il une réussite » Paris : R. Pichon et R. Durand-Auzias , 1953